Le documentaire de Mylène Sauloy (visible dans la play-list de notre nouvelle chaîne Youtube) montre bien la genèse et l’organisation de cette “armée des femmes”, son rôle dans le combat contre toutes ces formes de domination (par l’homme/le mâle avec la société patriarcale, par l’État – Turc en particulier, par “Dieu”, ou ceux qui s’en réclament …).

Si pour elles l’entrainement militaire s’avère nécessaire, on notera tout de même qu’une part non négligeable leur formation (et des hommes qu’elles réeduquent) est intellectuelle et idéologique, (et aussi pratique, au passage sinon, comment vivre en bonne intelligence dans un contexte si précaire sur la durée).

Si à l’origine le PKK était strictement marxiste, son fondateur et président Abdullah Öcalan s’est beaucoup rapproché des thèses de Murray Bookchin, entraînant les organisations kurdes le soutenant vers l’écologie sociale.

En particulier (t=22’28” dans le film) si les livres de  John Keane et Noam Chomsky sur les médias et la démocratie sont sur la table, “il y a aussi ce livre [écrit par] un anarchiste” (t=22’40”). La version française a été rééditée en 2011 sous le titre Une société a refaire – vers une écologie de la liberté.

Ce livre (“la proclamation de notre contrat social”, dit la combattante) expose bien la pensée de Bookchin, pour qui écologie et société sont indissociablement liées et rendent compte d’une seule et même réalité: la nature (première : la nature immanente, et seconde, ou nature rendue consciente d’elle-même à travers l’espèce humaine, espèce sociale par essence (pas de société possible sans réflexivité, c’est-à-dire sans conscience de soi. Les “sociétés” d’insectes n’en sont donc pas, mais forment plutôt un métaorganisme ou superorganisme).

“L’écologie, ce ne sont pas seulement les arbres, mais aussi l’égalité dans la société.” Nous dit la combattante…

Les désordres et crises observées sur les plans écologiques et sociaux ont donc une cause commune: la domination. D’abord celle de l’homme sur l’homme (gérontocaties, patriarcat, puis aristocraties de tous ordres…),  et comme extension nécessaire, de l’homme sur la nature (première) à des fins d’exploitation puis d’accumulation capitalistique…

Nous voyons donc là que cette “guerre des filles” est en fait une guerre contre toutes les formes de domination, afin de préserver la possibilité de la vie humaine (en ce qu’elle a d’humain) dans son écosystème planétaire…